Un matin, ou peut-être un soir, l’humain se lève enfin, tourmenté par sa quête du bonheur qui ne cesse de se montrer impossible. Le changement entraine en permanence l’instabilité de tout ce qui est acquis.
L’humain, c’est toi mon amie, c’est toi mon ami…
Toi, ma sœur, mon frère, toi l’autre… c’est de toi dont il s’agit, c’est pour toi que le chemin
existe… Tu sais, « la connaissance de soi implique l’observation de soi. L’observation de soi demande un travail considérable de développement de la conscience réflexive, et un travail encore plus considérable de désidentification aux enveloppes du Soi, les KOSHAS ».
La question cruciale de base pour toi, est le développement de ta conscience réflexive au
niveau de tes pensées, de tes croyances, de tes représentations, de tes savoirs et certitudes, de tes attractions et répulsions, de tes superstitions, de tes préjugés, etc.
Tout cet ensemble d’idées, de pensées, d’émotions et de comportements sont ainsi, et sans vérification aucune la plupart du temps, empruntés à autrui sans discrimination, quand ce n’est pas le fruit d’injonctions régulières au cours des premières années de nos vies et de nos éducations.
Cette masse d’informations s’intègre régulièrement, sans mise en doute, sans examen
préalable s’appuyant sur la raison et la discrimination finalement. Ainsi l’observation doit être portée activement sur les formes et les contenus de nos pensées, idem pour nos émotions dont la présence signale le refus de la réalité telle qu’elle se présente, et la tentative mentale de remplacer la réalité par « autre chose » qui lui conviendrait mieux, et idem pour nos réactions qui nous offrent fréquemment la preuve que nous sommes emportés par nos émotions.
Ainsi, Swamiji disait que « nos pensées sont des citations, nos émotions des imitations, nos actions des caricatures ».
La reconquête de nos corps, de nos cœurs (nos émotions et sentiments), de nos rêves, de notre intuition et de notre imaginaire, constitue la suite logique et incontournable de cette intelligence vive, vierge et peu à peu neutre, qui se lève dans l’examen de tout ce qui nous constitue finalement…
S’ouvre ainsi le temps de la déconstruction, de la « déséducation… ».
Reste attentif(ve) et concentré(e), je poursuis : « La connaissance de soi (but ultime) traverse l’incarnation pleine. Inutile de tenter un saut vers l’objectif avant d’avoir reconnu notre personne, notre vie, notre histoire sur un plan duel. Le début de la démarche pointe une vraie existence duelle, ordinaire et pleine.
Une forme de mise en ordre de sa vie, au mieux, une forme de réconciliation avec l’autre, les autres, le monde et particulièrement soi-même. Cela nécessite un certain courage, voir un courage certain ».
En effet, lorsque la conscience s’habitue à laisser venir en elle les différents aspects de notre incarnation, et en particulier nos histoires, les dépôts dans nos corporalités, les manques, les traumas toujours à la frontière de la mémoire et du corps… c’est toute une série de vagues psycho-émotionnelles, vagues historiques, gestalts en tout genre, qui s’autorisent enfin à venir en surface, probablement dans une forme d’autorégulation
organismique fondant l’espoir de mouvements inverses aux refoulements, aux oublis, etc.
C’est alors le temps de la mise en forme, en mots, en émotions…
C’est tout le travail de l’exploration des résurgences, c’est tout l’accueil du fond en soi, c’est tout un univers refoulé qui remonte enfin, c’est tout un programme de mise en mots, en phrases, en narrations doublées d’éprouvés souvent massifs.
C’est le temps où l’existence entière entame un processus d’exploration massive et continue permettant l’éclairage d’une myriade d’expériences.
C’est le temps des tempêtes, c’est le temps du courage, de l’héroïsme même, c’est le temps des traversées, des océans retrouvés, des mers de larmes et de douleurs, mais aussi le temps des traces apprivoisées, des temps apaisés, des guérisons progressives, des changements profonds, des libérations d’une incarnation plus détendue, plus légère, bien plus libre.
Mon amie, mon ami, tu passeras sur ce chemin de la détestation de toi à la tolérance, puis l’accueil, puis la réconciliation… Plus tard tu toucheras les prémices de l’amour de toi-même… Un jour tu te choisiras tel que tu es, incomplet, blessé, meurtri… Tu te choisiras devant la vie, tu mettras ainsi fin à tous les combats avec toi-même. Tu te sentiras en paix, silencieux, discret… Et de tout cela tu n’en feras jamais toute une affaire…
C’est peu à peu la naissance du jour nouveau qui se lèvera pour toi, au creux de la nuit qui fut si noir quelques fois lors de cette traversée.
Écoute cet autre point essentiel : « l’épanouissement nécessaire à la croissance d’un sujet traverse et se nourrit forcément de l’ensemble des satisfactions incontournables qu’il doit assumer et dont il doit avoir la pleine jouissance ». Tu vois, l’ascèse bien comprise c’est nourrir tout ce qui peut être nourri en toi, c’est atteindre tout ce qui doit être atteint, reçu, donné, réalisé. L’ascèse bien comprise traverse en préalable la fin de la soif du monde tel qu’il se présente à nous, à toi.
Et tout ce qui s’avèrera impossible d’atteindre pour toi et par toi, alors là tu devras te souvenir que tes genoux peuvent plier, rejoindre le sol, et dans cette forme de capitulation, la vie t’offrira peut-être une grâce…
C’est une question centrale que le moi, ses besoins, ses désirs, aient pu être pris en compte lors de cette traversée délicate, héroïque et merveilleuse qui consiste à ne pas nier son humanité. Seulement cette prise en compte, cette pleine jouissance de tout ce qui doit être longuement savouré, se fait au départ d’un chercheur, d’une ascèse, d’une intention noble de dépasser sa condition ordinaire, d’aller au-delà de cette condition qui continue d’espérer qu’un désir pourraient être assouvi définitivement, qu’une illusion pourrait être réalisée définitivement, que la réalité pourrait se changer au gré de nos humeurs, que le flux incessant du changement et des différences pourrait stopper dès que nous en sentons un dérangement.
Ainsi nous sommes alors au cœur de l’accueil et de l’acceptation radicale de ce qui est. Tellement simple de comprendre cela, terriblement difficile pour la plupart d’entre nous.
Et pour toi, comment c’est tout cela ? Comment tu es avec tout cela ? Où tu en es de tout cela ?
Si tu continues mon amie, mon ami, alors détends-toi, respire, sois courageux(se) et modeste, engage-toi jusqu’au cou… c’est une histoire d’amour, c’est l’histoire du monde que tu tiens dans ton cœur… sois obstiné(e), valeureux(se), tolérant(e) avec toi-même, jamais complaisant(e).